Épaississants, Gaviscon, Inexium : quand sont-ils vraiment utiles ?

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Entre traitement nécessaire et prescription trop rapide

Après avoir parlé de la banalisation du reflux et des phrases toutes faites, une question revient souvent chez les parents :

« Mais alors, quand faut-il vraiment traiter ? »

Parce que non, le but n’est pas de rejeter systématiquement les traitements.

Les épaississants, le Gaviscon ou l’Inexium peuvent avoir leur place.

Le vrai enjeu, c’est de savoir dans quel contexte, pour quel objectif, et après quelle évaluation.


Les épaississants : souvent en première intention, mais pas systématiquement

Dans la pratique, c’est souvent le premier conseil donné.

Lait AR.
Poudre épaississante.

Et effectivement, c’est bien l’une des premières options recommandées, notamment au biberon, lorsque les régurgitations sont importantes. 

Le but est simple : rendre le lait plus épais pour limiter les remontées visibles.

Cela peut être très utile lorsque le bébé :

  • régurgite abondamment après chaque repas
  • semble gêné par les remontées
  • garde par ailleurs une bonne prise de poids
  • prend des biberons

Mais il faut garder une nuance essentielle : les épaississants diminuent les régurgitations visibles, pas forcément la douleur.

Le reflux qui était externe, devient interne.

Autrement dit, on peut voir moins de lait remonter…

… sans que le reflux interne ou l’inconfort disparaisse réellement.

C’est souvent là que les parents me disent : « Il régurgite moins, mais il pleure toujours autant. »

Et c’est un point fondamental.


Gaviscon : un effet barrière, pas une solution miracle

Le Gaviscon nourrisson agit différemment.

Il forme une sorte de barrière gélifiée au-dessus du contenu gastrique, pour limiter les remontées. 

Il peut être intéressant chez les bébés qui présentent :

  • des remontées fréquentes
  • un inconfort post-prandial
  • des régurgitations très abondantes

Mais là encore, il ne doit pas être donné comme une réponse automatique.

Il faut se poser les bonnes questions :

  • les volumes sont-ils adaptés ?
  • le bébé avale-t-il beaucoup d’air ?
  • le débit de la tétine est-il trop rapide ?
  • y a-t-il une suspicion d’APLV ?

Parce que si la cause du reflux est ailleurs, le Gaviscon peut soulager partiellement sans résoudre le fond.

Remarque : le Gaviscon agit rapidement. Si aucune amélioration n’est constatée après 3 à 4 jours, il est inutile de poursuivre le traitement.
Par ailleurs, point très important : le Gaviscon et l’Inexium ne sont pas complémentaires. Le Gaviscon fonctionne en réagissant avec l’acidité de l’estomac, tandis que l’Inexium diminue justement cette acidité. Leur association limite donc leur efficacité.


Inexium : réservé aux situations où l’acidité fait souffrir

C’est probablement le traitement le plus prescrit… et parfois le plus mal compris.

L’Inexium (ésoméprazole) n’empêche pas le reflux. Il diminue l’acidité du contenu gastrique.

Le bébé peut donc continuer à avoir un reflux, mais avec des remontées moins irritantes pour l’œsophage. 

C’est particulièrement utile lorsque l’on suspecte :

  • une œsophagite
  • une douleur importante après les repas
  • un refus alimentaire
  • des réveils douloureux
  • une cassure pondérale liée à la douleur

En revanche, pour un reflux non compliqué, les recommandations rappellent qu’un IPP n’est pas indiqué. 

C’est là toute la différence entre :

traiter un reflux visible
et
traiter une douleur liée à l’acidité.


Le traitement ne remplace jamais l’évaluation

Avant de mettre en place un traitement, j’aime toujours revenir aux fondamentaux :

  • comment boit ce bébé ?
  • quelles quantités ?
  • quelle position ?
  • quel rythme ?
  • quelle qualité de succion ?
  • quels signes d’inconfort ?
  • quelle évolution de la courbe ?

Parfois, derrière un reflux persistant, on retrouve :

  • une allergie aux protéines de lait de vache
  • une suralimentation
  • un débit inadapté
  • une aérophagie
  • une difficulté de succion
  • un problème de microbiote

Et tant que cela n’est pas exploré, le traitement risque de ne soulager qu’en surface.


Mon message aux parents

Les traitements ne sont pas “mauvais”. Ils ont leur place.

Mais ils doivent répondre à une vraie indication.

Moins de lait qui remonte ne veut pas toujours dire moins de souffrance.

Et parfois, le problème n’est pas le reflux lui-même, mais ce qui l’alimente.

C’est pour cela qu’avant de traiter, il faut toujours observer, comprendre, puis décider ensemble de la meilleure stratégie.


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Je m’appelle Laurène, je suis consultante en lactation & nutrition infantile spécialisée dans le RGO et les troubles ou difficultés alimentaires de bébé.

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