« C’est juste du reflux » : arrêtons de banaliser la souffrance des bébés

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Et arrêtons aussi de passer trop vite aux épaississants, au Gaviscon et à l’Inexium

Il y a des phrases que beaucoup de parents entendent en consultation :

« C’est normal, tous les bébés régurgitent. »
« Ça va passer avec le temps. »
« Prenez un lait épaissi. »
« On va mettre du Gaviscon. »
« Si ça ne suffit pas, on passera à l’Inexium. »

Et c’est justement ce glissement quasi automatique qui me questionne.

Parce qu’entre la banalisation complète et la médicalisation rapide, on oublie souvent de comprendre réellement ce que vit le bébé.

Un reflux, ce n’est pas seulement du lait qui remonte.

C’est parfois un bébé qui :

  • pleure intensément après chaque repas
  • se cambre
  • refuse de s’alimenter
  • dort par micro-siestes
  • se réveille en douleur
  • casse sa courbe pondérale

Et pourtant, trop souvent, les parents repartent avec une réponse standardisée.


Les phrases toutes faites qui minimisent la souffrance

Le problème n’est pas d’expliquer que le reflux est fréquent.

Le problème, c’est quand cette information devient une façon de ne plus écouter les signes d’alerte.

Quand un parent décrit un bébé qui hurle après chaque tétée, dort très peu, s’étouffe ou refuse le sein, répondre : « c’est normal » n’est pas toujours aidant.

Parce que non, tous les bébés ne souffrent pas de cette manière.

Tous les reflux ne sont pas équivalents.

Et derrière un reflux important, il peut aussi y avoir :

  • une suralimentation
  • une mauvaise gestion des volumes
  • un débit trop rapide
  • une aérophagie importante
  • une allergie aux protéines de lait de vache
  • un réflexe d’éjection fort
  • une immaturité digestive plus marquée

Avant de traiter, il faut comprendre.


Et trop souvent, on passe directement aux épaississants

C’est probablement ce que les parents entendent en premier :

« prenez un lait AR »
ou
« ajoutez un épaississant »

Effectivement, l’épaississement du lait est très souvent proposé en première intention, notamment au biberon. Les recommandations françaises mentionnent l’utilisation de laits AR ou de poudres épaississantes lorsque les mesures de base ne suffisent pas. 

Mais dans la vraie vie clinique, il ne devrait pas être donné comme une réponse réflexe.

La vraie question est : pourquoi ce bébé a t-il un reflux ?

Parce qu’un épaississant peut parfois diminuer les remontées visible… sans traiter la cause du problème.

Parfois, on “voit moins” le reflux, mais le bébé continue à souffrir.

Parfois même, l’épaississement peut majorer :

  • les gaz
  • la constipation
  • l’inconfort digestif
  • l’effort de succion

Et chez un bébé allaité, proposer d’emblée un biberon épaissi ou un lait AR sans réflexion globale peut perturber encore davantage l’alimentation. Les recommandations précisent d’ailleurs que, chez le bébé allaité exclusivement, on ne recommande pas d’ajouter un biberon de lait épaissi ou de tirer le lait juste pour l’épaissir. 


Puis viennent trop vite le Gaviscon et l’Inexium

L’autre dérive, c’est l’escalade thérapeutique.

Épaississant.

Puis Gaviscon.

Puis IPP.

Comme si chaque étape devenait automatique.

Or les IPP comme l’ésoméprazole (Inexium) ne doivent pas être prescrits à la légère, et les recommandations rappellent qu’ils sont réservés à des situations précises, notamment en cas d’œsophagite documentée ou de suspicion forte de RGO pathologique. 

Ils ne diminuent pas les régurgitations elles-mêmes. Ils agissent sur l’acidité.

Autrement dit : le bébé continue à avoir autant de reflux, mais avec un reflux moins acide.


Le médicament ne doit pas remplacer l’évaluation

Avant de prescrire, il faut comprendre :

  • s’agit-il vraiment d’un reflux douloureux ?
  • y a-t-il une œsophagite ?
  • existe-t-il une allergie aux protéines de lait de vache ?
  • le bébé avale-t-il trop d’air ?
  • la quantité des repas est-elle adaptée ?
  • y a-t-il un trouble de succion ?

Le reflux est parfois le symptôme visible d’autre chose.

Et c’est là que l’accompagnement prend tout son sens.


Mon message aux parents

Vous connaissez votre bébé.

Si vous sentez qu’il souffre, que ses repas sont douloureux, que son sommeil est impacté ou que sa courbe vous inquiète, vos ressentis méritent d’être entendus.

Entre banalisation et médicament systématique, il existe une troisième voie : observer, comprendre, accompagner, puis traiter si nécessaire.


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Je m’appelle Laurène, je suis consultante en lactation & nutrition infantile spécialisée dans le RGO et les troubles ou difficultés alimentaires de bébé.

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